De 1880 à 1896, le Docteur Théophile Bécourt, secrétaire de la Commission des logements insalubres réclamait un “boulevard du XXème siècle” qui offrirait “air et lumière” aux enfants des courées. Aujourd’hui, seule la portion du Grand Boulevard entre Marcq-en-Baroeul et Tourcoing correspondrait en partie à son voeu.
Par ses dimensions (14 km de long, 50 mètres de large dont 9 pour la chaussée centrale), il n’a pas d’équivalent en France. Surnommé “Les Champs Elysées lillois” entre les deux guerres ou “Les mini-tunnels” après 1973, le Grand Boulevard qui se dédouble au Croisé-Laroche, tient en fait d’une idée hygiéniste et sociale. Entre 1876 et 1896, la population de Lille-Roubaix-Tourcoing passe de 345 000 à 510 000 habitants. Lille étouffe, enserrée dans ses remparts. L’idée hygiéniste se répand : il faut ouvrir les villes ouvrières au grand air par des trouées et des promenades. Le Docteur Bécourt va plus loin en proposant un exode salutaire de 30 ou 40 000 ouvriers. ” Profitez d’une voie de tramways, de la diffusion des trains d’ouvriers pour vous loger en banlieue, au village, pour le même prix vous avez un jardin et, au moins, vous avez de l’air, la lumière et le grand soleil ” leur dit-il pour les inciter à venir habiter le long du futur boulevard.
Un axe durable dès 1909
L’idée originale de relier ces trois villes industrielles puissantes, en pleine expansion, prend la forme d’un axe planté de 6000 arbres (peupliers d’Italie, platanes, ormes) où piétons, cyclistes et cavaliers côtoient les automobiles et un nouveau tramway électrique. Commence en 1905 un marathon de quatre ans : on perce les remparts lillois, on exproprie les terres agricoles, on construit des ouvrages hydrauliques comme le Pont du même nom à Tourcoing, etc. Les travaux sont pharaoniques, l’enveloppe aussi : 2 millions de francs de l’époque, soit l’équivalent de 7 millions d’euros. Le 28 novembre 1909, les lignes de tramways de l’Electricité de Roubaix-Tourcoing sont inaugurées.
Dès 1908, la bourgeoisie industrielle s’intéresse aux terrains vacants qui jouxtent le nouveau boulevard, enchantée à l’idée de pouvoir se faire construire des demeures ” à la campagne ” à deux pas des centres d’affaires. Loin des exigences du Docteur Bécourt et de ceux qui ont bien compris ses inquiétudes, le Y reliant Lille à Roubaix et à Tourcoing devient une vitrine de réussite sociale. Ironie de l’histoire.
Source : Magazine Municipal de Tourcoing, Label Ville de Novembre 2009
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